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30/01/2010

Affaire Clearstream: «Comme par hasard, le procureur fait appel...»

INTERVIEW

Le magistrat Dominique Barella estime que le procureur de la République, Jean-Claude Marin, est «totalement sous influence», et obéit aux instructions de Nicolas Sarkozy.

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Recueilli par MARIE PIQUEMAL

Dominique Barella, magistrat et ancien membre du conseil supérieur de la magistrature, revient sur le jugement rendu jeudi dans l'affaire des faux listings Clearstream. Et sur l'annonce, ce vendredi matin, par le procureur de la République, Jean-Claude Marin, de son intention de faire appel.

Comment interpréter la décision du parquet de faire appel du jugement relaxant Villepin?

C'était évidemment prévisible. Le procureur est totalement sous influence, il obéit aux ordres du ministre de la Justice, et donc du président de la République. Il n'a aucune indépendance, nous en avons la preuve encore une fois aujourd'hui.

Ce matin à la radio, le procureur Jean-Claude Marin assurait pourtant le contraire, déclarant ne pas avoir reçu d'ordre écrit de la chancellerie...

Depuis quand un procureur a besoin d'un écrit pour obéir ? S'il respectait cette règle, il aurait sauté depuis longtemps. Depuis le début de l'affaire Clearstream, Jean-Claude Marin ne s'est pas illustré par son indépendance. Il a quand même inventé une infraction complètement farfelue pour poursuivre Villepin: complicité de dénonciation calomnieuse par abstention. «Par abstention», ce terme ne rime à rien.

Pourquoi l'Elysée annonçait-il hier dans un communiqué que Nicolas Sarkozy ne faisait pas appel?

De toute façon, Nicolas Sarkozy, en tant que partie civile, ne pouvait pas faire appel du jugement de relaxe. Même un étudiant en deuxième année de droit connaît cette règle: la partie civile ne peut faire appel au pénal que sur les intérêts civils. Or, Villepin a été relaxé, il n'a rien à payer.

Est-ce une erreur? Ou bien une manœuvre politique?

Je ne crois pas une seconde que Sarkozy, avocat de profession et entouré d'une armada de conseillers juridiques, ait pu commettre une pareille erreur de droit. D'évidence, Nicolas Sarkozy, à la fois partie civile et le président, joue sur les deux tableaux.

La manœuvre est tellement grosse... Il annonce hier qu'il ne fera pas appel — alors qu'il ne peut pas faire appel, j'insiste — pour laisser penser qu'il n'y a pas d'acharnement. Et comme par hasard, 24 heures après, le procureur fait appel. Si Jean-Claude Marin était indépendant, pourquoi ne pas avoir fait appel tout de suite après le jugement ? C'est une manipulation politique, cela ne fait aucun doute. Nicolas Sarkozy instrumentalise la justice pour régler des problèmes personnels. C'est gravissime et vraiment inquiétant pour les justiciables.

Que voulez-vous dire?

Nicolas Sarkozy prépare une réforme pour supprimer l'instruction. Demain, il n'y a aura donc plus de juge d'instruction, suffisamment indépendant pour instruire l'enquête. C'est le parquet, totalement aux ordres de l'Elysée, qui s'en chargera... Il faut que les Français comprennent ce que cela signifie : aujourd'hui, c'est un homme politique connu qui est victime d'acharnement, mais demain, à qui le tour? C'est une triste journée pour la justice. Sarkozy vient de signer la fin de la séparation des pouvoirs, il a tué Montesquieu.

Dernière question: avec l'appel du parquet, que risque désormais Villepin ?

On recommence le procès, l'affaire va donc être rejugée. Comme si la justice n'avait que ça à faire...

Source: Libération

Clearstream: la nouvelle gaffe de Sarkozy

Le président a annoncé qu'il ne ferait pas appel de la décision de relaxe de Dominique de Villepin... Une possibilité dont il était de toute façon privé.

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L'affaire Clearstream entraîne lapsus sur lapsus chez Nicolas Sarkozy. On se rappelle du mot «coupables», lancé lors de son interview télévisée de septembre dernier, à propos de personnes seulement accusées.

Tout à l'heure, dans son communiqué publié peu après l'annonce de la relaxe de Dominique de Villepin, le président a annoncé qu'il ne ferait pas appel de cette décision. «Le Tribunal a considéré que le rôle de M. Dominique de VILLEPIN dans la manipulation ne pouvait être prouvé. J’en prends acte tout en notant la sévérité de certains attendus le concernant. Dans ces conditions, j’annonce que je ne ferai pas appel de la décision du Tribunal correctionnel.»

Mais, en tant que partie civile, Sarkozy ne peut pas faire appel de cette décision de relaxe. L'article 497 du code de procédure pénale précise que, en matière correctionnelle, seul le parquet et les personnes condamnées sont en droit de le faire. La partie civile peut faire appel «quant à ses intérêts civils seulement», dixit la loi. Et comme Villepin n'a pas été condamné à verser quoi que ce soit, cette phrase est sans objet. Une erreur surprenante de la part d'un président, dont la profession première est avocat...

Source

16:36 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : clearstream, sarkozy, gaffe |  Facebook | |

29/01/2010

Affaire Clearstream: appel du parquet, Villepin accuse Sarkozy

Dominique de Villepin subira un second procès après la décision du parquet de faire appel de sa relaxe dans l'affaire Clearstream, un nouvel écueil que l'ancien Premier ministre impute à "l'acharnement" et à "la haine" de Nicolas Sarkozy à son encontre. 

Au lendemain du jugement du tribunal correctionnel de Paris innocentant Dominique de Villepin, le procureur a annoncé sur Europe 1 qu'il interjetait appel au motif "qu'il reste encore une part de vérité à faire émerger" dans cette affaire de manipulation de faux listings bancaires dans laquelle Nicolas Sarkozy était partie civile.

sarkozy soviet.jpgJean-Claude Marin a assuré qu'il n'agissait pas sur instruction de l'Elysée - Nicolas Sarkozy a constitutionnellement autorité sur le parquet. "En ne faisant pas appel, j'aurais trahi le protocole habituel de fonctionnement du ministère public", a-t-il expliqué.

Des arguments que récusent Dominique de Villepin et son avocat, Me Olivier Metzner.

"Je connais bien Jean-Claude Marin, je le connais en tout cas suffisamment pour savoir que ce n'est pas sa décision", a dit l'ancien Premier ministre sur RMC.

"Ce qu'elle montre cette décision, c'est qu'un homme, Nicolas Sarkozy, président de la République, préfère persévérer dans son acharnement, dans sa haine", a-t-il affirmé.

Me Metzner dénonce également "une décision politique".

Dominique de Villepin "viendra sereinement devant la cour d'appel et l'on voit mal comment ce jugement extrêmement argumenté pourrait être infirmé", a-t-il dit sur i>Télé.

"UN PIÈGE"

Le procureur de Paris avait requis 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende contre Dominique de Villepin.

Nicolas Sarkozy avait fait savoir jeudi par communiqué qu'il était satisfait du jugement et qu'il ne souhaitait pas d'appel.

Le deuxième procès devrait se tenir fin 2010-début 2011, alors que les états-majors politiques se mettront en ordre de bataille pour l'élection présidentielle de 2012.

Un calendrier judiciaire qui compromettrait pour Dominique de Villepin le lancement éventuel d'une campagne électorale.

Villepin.jpgCe dernier n'a pas fait mystère par le passé de ses ambitions présidentielles mais il cultive l'ambiguïté sur ses intentions pour 2012.

Réaffirmant n'éprouver ni "rancoeur" ni "rancune" envers Nicolas Sarkozy, il a laissé entendre vendredi, avec un mépris voilé, qu'il ne se plaçait pas dans une logique d'affrontement avec le chef de l'Etat au sein de sa famille politique.

"J'ai été aux côtés de Jacques Chirac lors de la campagne de 1995. Jacques Chirac ne s'est pas battu contre Edouard Balladur", a-t-il expliqué sur RMC, évoquant le duel à droite qui avait marqué la présidentielle de 1995.

"Débattre aujourd'hui avec un homme qui est guidé par la haine, c'est m'éloigner des Français", a souligné Dominique de Villepin, accusant Nicolas Sarkozy et son entourage de lui "tendre un piège" politique.

S'agissant de ses projets pour l'avenir, il a précisé qu'il prendrait "sereinement" une décision "dans les prochaines semaines". Après sa relaxe, Dominique de Villepin avait déclaré qu'il "entendait contribuer dans un esprit de rassemblement au redressement de la France".

"LES CHEVAUX DE LA GUERRE INTERNE"

Vendredi, il a décrit son futur engagement en termes plus acerbes: "Quand au sommet de l'Etat l'exemple fait défaut, il faut que d'autres hommes, que d'autres femmes portent le fardeau du pouvoir".

Dominique Paillé, porte-parole de l'UMP, a regretté sur i>Télé que Dominique de Villepin fasse de ce dossier "une affaire personnelle".

"Dominique de Villepin est présumé innocent. Il a tout loisir de se présenter à la présidentielle", a-t-il dit.

Plus tôt, sur RTL, le secrétaire général de l'UMP, Xavier Bertrand, avait déclaré que les militants du parti majoritaire voulaient "avant tout de l'unité et du rassemblement".

Mais pour le député UMP "villepiniste" Georges Tron, la guerre est déclarée.

"On nous demande de remonter sur les chevaux de la guerre interne, eh bien on va remonter sur les chevaux de la guerre interne. Dominique de Villepin aurait maintenant bien tort de se gêner de devenir un opposant frontal", a-t-il dit sur i>Télé.

A gauche, l'ancienne ministre socialiste de la Justice Elisabeth Guigou a estimé que la justice était "la victime" dans cette affaire. "Il y a un soupçon et ça c'est gravissime parce que la justice est l'un des piliers de la démocratie", a-t-elle dit à Reuters.

Sophie Louet, édité par Gilles Trequesser

Source: Reuters

28/01/2010

Clearstream : Villepin relaxé, Lahoud et Gergorin condamnés

PARIS (Reuters) - Le tribunal correctionnel de Paris a relaxé jeudi l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin dans le procès d'une manipulation menée en 2004 avec de fausses listes de comptes bancaires de la société Clearstream. Lire la suite l'article

justice balance.jpgContre l'avis du parquet, qui demandait 18 mois de prison avec sursis et 45.000 euros d'amende contre lui, les magistrats jugent que l'accusation de "complicité de dénonciation calomnieuse" n'est pas établie.

Les juges ont estimé qu'il n'existait pas de preuve qu'il ait donné une instruction frauduleuse, et qu'il n'est pas davantage complice du délit par son abstention.

Dominique de Villepin était accusé d'avoir pris part à un complot visant à éliminer Nicolas Sarkozy, son rival à droite, de la course à la présidentielle de 2007.

Le tribunal déclare en revanche coupables Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d'EADS et Imad Lahoud, auteur présumé des fausses listes, ainsi que le consultant Florian Bourges. Le journaliste Denis Robert est relaxé.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

25/10/2009

La citation du jour

"Je considère que le lobby juif, pas seulement en ce qui me concerne, est capable de monter des opérations qui sont indignes, et je tiens à le dire publiquement."

Raymond Barre, Interview sur France Culture (Février 2006)

22/10/2009

Procès Clearstream: "Dominique de Villepin est innocent"

La défense de Villepin s'est attachée, ce mercredi, à démontrer qu'il n'y avait aucun élément matériel contre l'ex-Premier ministre dans le dossier Clearstream et que la "complicité de dénonciation calomnieuse par abstention" requise par le parquet ne tenait pas la route.

"C'est le coeur lourd" que Me Metzner, l'un des quatre avocats de Dominique de Villepin, a plaidé dans la 11e chambre du tribunal correctionnel de Paris, ce mercredi après-midi. "On veut nous faire croire que c'est un procès comme les autres, mais toutes les parties civiles sont-elles Nicolas Sarkozy? Sont-elles l'homme qui nomme les magistrats qui ont jugé et les procureurs qui ont requis?" Tourné vers Me Thierry Herzog, l'avocat du président de la République, Me Metzner a fait, avec brio, une plaidoirie à la tonalité très politique.

"Pendant son intervention, Me Thierry Herzog a parlé de Dominique de Villepin mais pas d'Imad Lahoud ni de Jean-Louis Gergorin", a explique Me Metzner.

REUTERS/Gonzalo Fuentes

"Pendant son intervention, Me Thierry Herzog a parlé de Dominique de Villepin mais pas d'Imad Lahoud ni de Jean-Louis Gergorin", a explique Me Metzner.

"Voilà ce qu'est ce dossier: on a une cible, on en déduit une origine et on essaye de tracer une ligne entre les deux", a affirmé Me Metzner pour qui "la rivalité politique n'est pas un élément constitutif d'infraction pénale". "Si je (Me Metzner s'identifie alors à son client Dominique de Villepin, ndlr) l'avais commis", ce délit de complicité par abstention, "je ne serais pas le seul: il y aurait aussi Michèle Alliot-Marie (alors ministre de la Défense, ndlr), (son directeur de cabinet) Philippe Marland, le général Rondot -car s'il y en a un qui en sait plus que moi, c'est bien lui-, la DST et même Bercy". Or, poursuit-il, "qui est ministre de l'Economie alors? Nicolas Sarkozy. Et pourtant il ne dit rien jusqu'en 2006".  "Mme Alliot-Marie s'est abstenue. Nicolas Sarkozy s'est abstenu", a dit l'avocat, avant de poursuivre: "Bien sûr, ils ne sont pas poursuivis et c'est normal car il n'y a pas d'infraction pénale qui leur soit reprochable". Il n'y a donc, selon son avocat, aucune raison d'accabler Dominique de Villepin de "complicité de dénonciation calomnieuse par abstention".

"Il a eu besoin de quatre heures pour convaincre personne même pas lui!"

Puis Me Metzner, vieux routier des tribunaux, s'est attelé à démonter la plaidoirie très technique de Me Herzog, jusqu'à tourner l'avocat en ridicule. "Pendant son intervention, Me Thierry Herzog a parlé de Dominique de Villepin mais pas d'Imad Lahoud ni de Jean-Louis Gergorin", a-t-il dit avant de préciser: "Il a eu besoin de quatre heures pour convaincre personne même pas lui!" Sous cette pluie de critiques, Me Herzog a feint de dormir. "Je n'ai pas bien entendu la plaidoirie de Me Metzner", dira-t-il à la presse à la fin de l'audience.

Ce dossier, "le scandale du siècle" commente Me Metzner, est victime d'une "paranoïa aiguë". "Il n'y a aucun élément matériel" à l'encontre de mon client, a-t-il répété. Quant à "l'arme du crime, les listings, poursuit-il, comment savoir qu'ils sont juridiquement faux puisqu'il n'y a ni entête, ni signature, ni date..." Rires dans le prétoire. "Si la culpabilité de Dominique de Villepin était si évidente, pourquoi vouloir le 'pulvériser' et le 'pendre à un crochet', a-t-il demandé au tribunal, si ce n'est pour créer un mobile qui n'existe pas".

"Nicolas Sarkozy...euh...Dominique de Villepin est innocent"

Privilège de l'expérience, Me Leclerc, autre avocat de l'ancien Premier ministre, qui succède à Me Metzner, est le seul à s'exprimer sans micro. "Mes prédécesseurs ont déjà dit ce que j'avais dans le coeur et la tête", a-t-il dit, ému de plaider dans cette salle qu'il affectionne depuis 50 ans. "Nicolas Sarkozy...euh...Dominique de Villepin est innocent", a scandé l'avocat qui avait annoncé dès le début de sa plaidoirie qu'il était sujet aux lapsus. "La vérité, c'est que non seulement il n'a rien fait mais qu'il n'y avait rien à faire", a-t-il ajouté. Avant de rappeler au procureur, lui qui le connaît si bien, qu'il avait requis une relaxe avant de se raviser en décembre. Sous-entendant, donc, que Jean-Claude Marin s'est soumis à sa hiérarchie pour écrire ses réquisitions...

Les quatre avocats ont demandé la relaxe de Dominique de Villepin, à l'exception de Me Leclerc qui, victime d'un autre lapsus, a demandé l'acquittement de son client.

Source: l'Express

29/09/2009

Clearstream: les données occultées

Reprise d'article: juillet 2006

Le 7 juillet dernier, au cour d'une confrontation judiciaire de trois heures, Imad Lahoud a de nouveau nié avoir ajouté le nom de Nicolas Sarkozy sur le listing de Clearstream, faisant du ministre de l'Intérieur et chef de l'UMP un suspect dans les affaires financières. " On n'avance pas, " ont dit énervés les juges Henri Pons et Jean-Marie d'Huy, sortant du bureau. Dans l'article " Des corbeaux sur la France, " nous évoquions déjà cette affaire. Pas du tout convaincus par la thèse officielle, nous soupçonnions une opération menée par un pays étranger afin de promouvoir Sarkozy en tendant un piège à Dominique de Villepin. Nous estimions ce dernier le jouet de manipulateurs, qui se sont servi de son différend avec Sarkozy et de sa faiblesse pour les intrigues à la OSS 117. Nous rappelions à ce propos l'épopée brésilienne de Villepin pour tirer Ingrid Betancourt des griffes des FARC. Depuis, nous avons pris connaissance de nouveaux éléments. Imad Lahoud, semble-t-il, a été lui même instrumentalisé.

Il faut d'abord se pencher sur la personnalité d'Imad Lahoud. Né au Liban le 7 octobre 1967, chrétien, il appartient à la communauté maronite. A l'âge de 15 ans, en 1982, avec son père officier de l'armée libanaise, la famille s'enfuit en France et s'installe à Paris. La vie n'est pas facile. On veut paraître, mais les enfants reçoivent une bourse pour poursuivre leurs études.

Marwan, le frère d'Imad, se révèle brillant et fait Polytechnique. Imad, lui, intelligent, mais moins ardu à la tâche, n'obtient son bac que de peu. En " prépa " au lycée Janson-de-Sailly, il rencontre une jeune fille. Elle s'appelle Anne-Gabrielle Heilbronner et appartient à une famille juive fortunée. Son père, François Heilbronner, est le patron du GAN et un proche de Jacques Chirac dont il a été à plusieurs reprises directeur-adjoint puis directeur de cabinet.

Imad épouse Anne-Gabrielle en juillet 1991, apprend l'hébreu, renonce à sa foi chrétienne et se convertit au judaïsme. Après la fille, il a du génie pour séduire son beau-père et sa vie va être désormais portée par son mariage.

Il y avait pourtant des raisons de se méfier de lui. Il a pris l'habitude de se présenter comme un neveu d'Émile Lahoud, le Président du Liban, quand aucun lien de sang n'existe entre son père et le leader libanais. Il prétend aussi l'auteur de ses jours fondateur des services de renseignements libanais. Un autre mensonge.

La tendance à la mythomanie se doublait chez Imad d'une singulière fascination pour les arcanes du monde du renseignement.

En attendant, il essaye d'autres sentiers. Il se fait embaucher chez Merrill Lynch à Londres et effectue un séjour chez Salomon Brothers, autre banque d'affaire de la City. Son talent de hâbleur lui a permis de gagner beaucoup d'argent. De retour à Paris, au bout de quatre ans, il se montre en Ferrari.

Sa femme a suivi son propre itinéraire. En dépit de ses grossesses, elle a fait l'ENA et dirigé ses pas sur l'Inspection des finances. Il veut voler de ses propres ailes et, en 1998 crée le fonds de placement Volter. Les 40 millions d'euros collectés sont hébergés aux Îles Vierges, un paradis fiscal. Retraité, le beau-père, François Heilbronner, s'embarque dans l'affaire.

Au cours de l'été 2000, le fonds Volter fait faillite. Avec son beau-père, Lahoud est mis en examen pour escroquerie. Sans doute les protections du beau-papa évitent-elles le pire. Celui-ci échappe du reste à la prison. Pas Lahoud qui doit purger 108 jours à la Santé. Un moindre mal, on en conviendra.

Confirmant son penchant pour l'escroquerie, avant même son emprisonnement, et quelques semaines après l'effondrement du fonds Volter, il se lance dans une nouvelle aventure. A la fin de l'année 2000, il rencontre une équipe de journalistes et leur promet de l'argent pour relancer un périodique consacré au golf, " Golf et tourisme. "

En fait, il ne met pas un sou, empoche le plus gros des recettes de publicité et vole les journalistes sur leurs salaires. Ces derniers portant plainte aux prud'homme, il les poursuit au pénal. Affirmant ne rien savoir de la publication, il accuse les journalistes de chercher à l'escroquer. Le comble. Il gagne du temps, certes, mais finit par perdre devant la Justice. Cette dernière le cueillera à nouveau quelques mois après la faillite de la publication. Pour un actif de 41 000 euros, celle-ci affichait 776 000 euros de passif. Résultat, depuis, Lahoud s'est vu interdit de gestion pour cinq ans.

Le chef de l'équipe des journalistes rapporte des faits étonnants. " Il se baladait flanqué d'un garde du corps, raconte-t-il. Le type pesait 150 kilos et mesurait deux mètres de haut. Lahoud le présentait comme un membre du Mossad chargé de sa protection. En fait, son gorille n'avait de commun avec les officiers du Mossad que sa confession juive. C'était un agent immobilier, qui avait fait faillite. "

La victime de Lahoud de poursuivre : " Il était fasciné par le Mossad et par les affaires secrètes les plus tordues. Il prétendait vivre selon les principes du service israélien. Une véritable obsession " On sent là une personnalité étrange.

Lahoud sort de prison en octobre 2002. Le couple a tenu le coup. A son crédit, Anne-Gabrielle n'a pas flanché. Menant sa double vie de femme de détenu et de carriériste, elle n'a pas cessé d'enchaîner les postes de responsabilité dans les cabinets de ministres et travaille encore aujourd'hui aux côtés de Philippe Douste-Blazy, aux Affaires étrangères. Les Heilbronner-Lahoud sont néanmoins endettés.

Il faut à Imad trouver le moyen de s'en sortir. Il déjeune avec son frère, Marwan. Celui-ci, grâce à son mérite, est depuis janvier 2003 le patron de MBDA, une entreprise produisant des missiles pour EADS. Echaudé par les incartades de son frère, Marwan hésite. Il finit néanmoins par se laisser convaincre et organise une rencontre avec Jean-Louis Gergorin, le patron d'EADS. Dès juin 2003, Imad se retrouve consultant en stratégie d'EADS. Un an plus tard, il est embauché au centre de recherche du groupe, chargé de la sécurité informatique. Au coeur de notre industrie de Défense. De plus, contrairement aux affirmations répandues dans la grande presse, il n'a que deux DEA, l'un en mathématiques, l'autre en physique, mais aucun diplôme informatique.

Il fallait un sacré coup de main, pour passer du statut de détenu, en outre toujours inculpé dans une autre affaire, à celui de responsable de l'une des instances les plus sensibles de notre pays. Nous avons appris : Lahoud a échappé aux contrôles obligatoires pour occuper sa fonction. On le voulait dans la place. Uniquement par bonté d'âme, dans une sorte de programme de reclassement des droits communs issus de la bonne société ? Nous en doutons.

En tout cas, à la même époque, on note un étrange ballet entre Lahoud et deux autres hommes : Denis Robert, journaliste enquêtant sur Clearstream, et Florian Bourges, auteur d'un " audit " dans la même entreprise, qui cherche à arrondir ses fins de mois en vendant les petits secrets de son enquête.

" Par hasard, " comme le note ironique Eric Decouty, dans " Le Figaro " des 17 et 18 juin derniers, Robert présente Bourges à Lahoud en juillet 2003. D'abord, il faut savoir : Robert est le neveu du général Philippe Rondot, maître espion lui-même mouillé dans l'affaire Clearstream. Ensuite, en juillet 2003, Lahoud travaille depuis un mois pour EADS.

Un officier de renseignement, un journaliste, un escroc aux dents longues, un " auditeur " qui trahit ses clients et un capitaine d'industrie, Gergorin. On assiste à une concentration d'hommes étranges vibrionnant autour de Clearstream. Survolant rapidement le dossier, on peut avoir le sentiment d'une bande de " Pieds Nickelés " oeuvrant dans la confusion.

Mais, soupesant les données de l'affaire, on est étonné par l'accumulation de hasards et le manque de professionnalisme des uns et des autres. Jusqu'à la caricature, cette affaire ressemble à un mauvais scénario de film. Comme si quelqu'un, manipulant ces gens, en avait écrit le texte. Mais qui ?

Gergorin occupe une place centrale dans les événements : il fait entrer Lahoud chez EADS, au détriment des règles de sécurité, et est un ami personnel de Dominique de Villepin. Il est aussi le " corbeau, " auteur de la dénonciation mettant en cause Sarkozy auprès du juge Renaud Van Ruymbeke. Serait-il le maître d'oeuvre ?

Il n'en a pas la carrure. Surprenant chez un homme dans sa position, on observe même chez lui un comportement peu en rapport avec les usages. Il croit dur comme fer son ancien patron, Jean-Luc Lagardère, mort le 14 mars 2003, assassiné par les services russes. Pourquoi pas ? Mais au poste qu'il occupe, Gergorin n'est pas censé s'épancher dans la presse sur un tel sujet.

Comme nous avons repéré chez Villepin les failles de son caractère qui ont pu donner prise à une manipulation, nous faisons les mêmes constats chez Gergorin, lui aussi fasciné par les activités " secrètes, " ou Robert.

Lahoud présente sans doute le profil le plus apte à se laisser piéger. Amateur de complots et groupie du Mossad israélien, habile en escroquerie, il est de plus un pion idéal.

Pour repérer, enrôler et pousser une pareille équipe, il fallait un esprit supérieur. Quelqu'un qui n'apparaîtra jamais sur le devant de la scène. En attendant, la France est ridiculisée, ses grands commis réduits à l'état de guignols. Quant à Sarkozy, le candidat d'Israël et des Etats-Unis, il en ressort confortablement installé dans les sondages. Nous voilà confortés dans nos soupçons.

Alain Chevalérias

Source

26/09/2009

Villepin déjà « coupable » pour Sarkozy : « C'est volontaire »

Dessin de Na

La présomption d'innocence, Nicolas Sarkozy s'en moque lorsqu'il s'agit de Dominique de Villepin. Ce qui lui vaudra d'être attaqué par ce dernier à l'issue de son mandat. Interrogé par TF1 et France 2 mercredi soir sur le procès Clearstream, le Président a en effet oublié son rôle de « garant de l'indépendance de la justice » et lâché :

« Après deux ans d'enquête, deux juges indépendants ont décidé que les coupables devaient être traduits devant le tribunal correctionnel. »

Ni Laurence Ferrari, ni David Pujadas ne relèvent. Le chef de l'Etat assure qu'il ne renoncera pas à sa plainte, comme l'ont réclamé les avocats de Dominique de Villepin : « Je ne suis pas un homme qui renonce et qui plaisante avec les principes d'honneur et de probité. » Et après un sourire : « Que la justice fasse son travail sereinement, elle est en train de le faire. » (Voir la vidéo)



Ce « lapsus » a immédiatement fait bondir les avocats de Dominique de Villepin qui ont annoncé une plainte contre le chef de l'Etat pour « atteinte à la présomption d'innocence ».

Une assignation civile très symbolique

Contacté par Rue89, Henri Leclerc, avocat de l'ex-Premier ministre, a confirmé qu'une assignation civile contre le Président serait officiellement déposée devant le tribunal de grande instance de Paris.

Le chef de l'Etat bénéficiant d'une immunité, l'assignation ne pourra être examinée qu'à l'issue de son mandat à la présidence. Il apparaît évident qu'elle a plus valeur de symbole au moment précis où la défense de Dominique de Villepin accuse Nicolas Sarkozy d'être juge et partie.

Pour Henri Leclerc, le lapsus de Sarkozy ajoute à la pression déjà exercée sur la Justice par la constitution de partie civile de Nicolas Sarkozy :

« Je pense que c'est volontaire. Le président de la République ne parle pas pour ne rien dire. Il s'agissait d'un entretien, depuis l'ONU, d'une déclaration solennelle.

C'est une intervention publique du Président, sur une procédure en cours dans laquelle il est est partie civile, qualifiant Dominique de Villepin de coupable ! Et le tout depuis l'ONU !

Ce n'est pas un ordinaire ! Et ça peut presque se passer de commentaires tant ce n'est pas ordinaire ! »

Mercredi, en plein procès, Olivier Metzner, avocat de Dominique de Villepin, s'est également scandalisé :

« C'est cela le respect de votre tribunal ? De votre parquet ? C'est cela qu'un président de la République donne comme spectacle à la France de la Justice ? La présomption d'innocence est un droit fondamental.

Et le président de la République la bafoue en direct devant des millions de Français ! On a déjà voulu pendre Dominique de Villepin à un “croc de boucher”. Maintenant, on le dit déjà coupable ! »

Source: Rue89

21/09/2009

La déclaration de Dominique de Villepin avant le procès Clearstream

Villepin.jpgVoici l'intégralité de la déclaration faite lundi par Dominique de Villepin avant l'ouverture du procès Clearstream devant le tribunal correctionnel de Paris: 

"Nous sommes aujourd'hui le 21 septembre. C'est le jour anniversaire de la République française. C'est aussi le jour dédié par les Nations unies pour la paix dans le monde. J'espère que l'exigence de justice sera au rendez-vous.

Je suis ici par la volonté d'un homme, je suis ici par l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi président de la République française. J'en sortirai libre et blanchi au nom du peuple français. Certains voudraient croire qu'il n'y a pas dans notre pays de procès politique, je veux le croire aussi et pourtant nous sommes ici en 2009 et nous sommes en France.

Je veux redire que mon combat n'est pas un combat personnel, c'est le combat de toutes celles et tous ceux qui se battent contre l'injustice, c'est le combat de toutes celles et tous ceux qui sont victimes de l'abus de pouvoir. La justice est un bien précieux mais c'est aussi un bien fragile qui demande l'engagement de tous. Je sais que la vérité triomphera. Je vous remercie". AP

Dominique de Villepin offensif au début du procès Clearstream

Dominique de Villepin a dénoncé "l'acharnement" de Nicolas Sarkozy contre lui dès le début du procès où il est jugé avec quatre autres suspects pour un supposé complot contre le président français en 2004.

Avant d'entrer dans la salle d'audience du tribunal correctionnel de Paris qui siégera pendant un mois, l'ancien Premier ministre s'est adressé aux journalistes avec gravité, entouré de ses trois enfants et de son épouse.

"Je suis ici par la volonté d'un homme, par l'acharnement d'un homme, Nicolas Sarkozy", a-t-il déclaré.

Evoquant les droits de l'homme, fustigeant un "procès politique" et un "abus de pouvoir", il a conclu : "La justice est un bien précieux et est aussi un bien fragile. Je sais que la vérité triomphera."

Le chef de l'Etat est en effet partie civile dans ce procès, avec une quarantaine d'autres personnalités de tous les milieux, ce qui transforme l'audience en une bataille politique sans précédent au plus haut niveau de l'Etat.

Le dossier vise un faux fichier de comptes bancaires secrets de la société luxembourgeoise Clearstream, où les patronymes hongrois de Nicolas Sarkozy "Nagy" et "Bocsa" figuraient.

La transmission de cette liste à un juge en juin 2004 avait perturbé la marche de Nicolas Sarkozy vers sa candidature à la présidentielle de 2007, qu'il allait cependant remporter.

Devant le tribunal, les avocats de Dominique de Villepin, qui nie toute implication dans la manipulation, ont demandé aux juges de déclarer irrecevable la constitution de partie civile du chef de l'Etat, irrégulière selon eux.

Me Henri Leclerc a rappelé que le président était notamment, selon la Constitution, "garant de l'indépendance de la magistrature" et avait autorité indirecte sur le parquet et certains magistrats, un rôle jugé incompatible avec celui où il sollicite des juges réparation et condamnation.

"CROC DE BOUCHER"

L'avocat a aussi rappelé les propos prêtés au chef de l'Etat, et jamais démentis, où il aurait promis que les auteurs de la manipulation finiraient sur "un croc de boucher".

"C'est d'une violence inouïe. Le président ne peut pas nier qu'il est passionné par cette affaire, que tous les journaux parlent de sa colère froide", a-t-il dit.

Le procureur Jean-Claude Marin a répondu qu'il ne s'intéressait pas aux propos rapportés dans les journaux et s'est prononcé contre la demande de la défense, soutenant donc la validité de la constitution de partie civile du président.

Il n'y a pas de problème puisque la plainte de Nicolas Sarkozy n'est pas à l'origine de l'enquête, a-t-il estimé.

Le tribunal a renvoyé sa décision sur ce point au jugement sur le fond de l'affaire, si bien que Me Thierry Herzog, avocat de Nicolas Sarkozy, participera au procès.

"M. Nicolas Sarkozy est une partie civile comme les autres", a plaidé Me Herzog. Le chef de l'Etat n'a jamais fait de demande d'acte et n'est jamais intervenu dans l'enquête, il veut simplement que la lumière soit faite, a-t-il expliqué.

Le tribunal a convoqué une vingtaine de témoins, dont l'ancien Premier ministre de 2002 à 2005 Jean-Pierre Raffarin.

Dominique de Villepin encourt jusqu'à cinq ans de prison et 45.000 euros d'amende pour "complicité de dénonciation calomnieuse et d'usage de faux, recel d'abus de confiance et recel de vol".

Des dépositions le mettent en cause, notamment celle de Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS au moment des faits.

Ce dernier, jugé pour avoir remis les listes au juge Renaud Van Ruymbeke en 2004, dit l'avoir fait sur ordre de Dominique de Villepin. Imad Lahoud, mathématicien recruté à EADS par Gergorin et soupçonné d'être le falsificateur, reconnaît ces faits et a lui aussi dit fin 2008, après de multiples autres versions, que Dominique de Villepin connaissait la manoeuvre.

Un ex-consultant, Florian Bourges, et un journaliste, Denis Robert, à l'origine de l'affaire pour avoir obtenu des documents authentiques de Clearstream, matrice des faux, sont aussi jugés. Leurs avocats ont demandé l'annulation de leur renvoi devant le tribunal, estimant qu'ils n'avaient commis aucun délit.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

Source: Reuters