13/12/2008
Shoah : Attali met l'Histoire en pièces
La pièce de Jacques Attali, Du cristal à la fumée (on appréciera l'humour douteux du titre !), a été publiée au début de l'année (Fayard, 15 €) avec l'introduction suivante de l'auteur :
«Cette pièce raconte, au plus près de la réalité historique, la réunion secrète qui s'est tenue au matin du 12 novembre 1938, deux jours après la Nuit de cristal, à Berlin, entre les principaux dirigeants nazis. C'est d'elle qu'est sortie la décision de la Solution finale, bien avant la conférence de Wannsee du 20 janvier 1942».
Autant de mensonges et de culot en si peu de lignes dans un ouvrage édité par une maison sérieuse ! Faut-il être Jacques Attali, ancien conseiller «spécial» de François Mitterrand, aujourd'hui rallié à Nicolas Sarkozy, pour se le permettre en toute impunité ?
Je me garderai ici de juger l'intérêt théâtral du texte. Fabienne Pascaud (Télérama) l'a déjà fait avec compétence et vigueur [écouter le commentaire de Fabienne Pascaud] sans d'ailleurs prendre parti sur la pertinence historique du texte. Je m'en tiendrai quant à moi à ce dernier aspect et à ses implications pour nous tous.
Disons déjà que la réunion du 12 novembre 1938 était si peu secrète que son compte-rendu (celui dont s'est inspiré l'auteur) figurait déjà au procès de Nuremberg. À cette réunion, qui allait déboucher sur la transmission aux SS de la question juive, le Reichsführer Himmler, chef des SS, n'était pas présent, contrairement à ce qu'indique Attali, mais représenté par son adjoint et alter ego Heydrich. Mais il ne s'agit là que de détails...
Le plus grave est de laisser entendre que la Solution finale [l'extermination méthodique des Juifs d'Europe] est issue de cette réunion, soit trois ans avant la date généralement admise par les historiens qui ont consacré des dizaines d'années, sinon leur vie entière, à l'exploration de cette part la plus sombre de l'histoire des hommes.
Pour ne rien arranger, l'amateur Attali explique laborieusement que si les nazis ont eu l'idée de liquider définitivement les Juifs austro-allemands, c'est au principal motif d'éviter des problèmes avec les réassureurs américains au cas où l'État hitlérien aurait interdit que les victimes de la Nuit de Cristal soient indemnisées par leurs assureurs, conformément aux règles commerciales universelles.
C'est faire fi des troubles cheminements de la conscience qui ont mené Hitler, les chefs nazis et leurs subordonnés d'un antisémitisme purement idéologique (comme il s'en trouvait au début du XXe siècle dans tous les pays occidentaux, y compris l'URSS) à l'indicible...
Le débat ne relève pas seulement des spécialistes. Il nous concerne tous.
1- On peut penser que la Shoah a germé dans l'esprit monstrueux de Hitler, peut-être dès les années 1920 ; on pourrait en conclure que nous sommes a priori immunisés contre le retour d'une semblable tragédie.
2- On peut aussi considérer que l'idéologie antisémite des nazis était potentiellement génocidaire comme bien d'autres idéologies, y compris des idéologies qui ont cours aujourd'hui en Occident ou ailleurs... et qu'elle a abouti à son paroxysme, la Shoah, par glissements progressifs à la faveur de la guerre, contaminant des individus qui, au départ, n'y étaient en rien disposés. On en retient que la lutte contre le Mal est toujours d'actualité ; elle se gagne par un effort constant sur nous-même, l'aptitude au mal comme l'aptitude au bien étant des parties constitutives de chacun d'entre nous (*).
C'est plutôt la deuxième interprétation qui a la faveur des historiens, je veux dire des vrais spécialistes...
En abordant ce sujet très sensible avec la délicatesse d'un éléphant dans un magasin de porcelaine, Attali, quand à lui, instille dans l'esprit du grand public, y compris de la classe politique et des médias, si complaisants à son endroit, que les chefs nazis, Hitler mais aussi Göring ou encore Heydrich, étaient des monstres, étrangers à notre monde, des monstres qui plus est rationnels puisque c'est sur la base d'un raisonnement froid (éviter de se mettre à dos les réassureurs américains) qu'ils envisagent l'extermination des Juifs (*).
La presse écrite est demeurée silencieuse à propos de cette mystification théâtrale. Le Monde, par exemple, se contente de reprendre les assertions de l'auteur sans prendre la peine de les vérifier auprès d'un historien. Il n'y a que sur internet (Rue 89) que l'on peut lire des points de vue critiques...
Interrogée par Judith Sibony (Rue 89), la grande historienne Annette Wieviorka s'indigne : «C'est une contrevérité historique de plus qui circulera en toute impunité». Florent Bayart, chercheur au CNRS, craint un dangereux glissement dans l'idée que la Shoah dériverait d'une affaire d'assurances : «C'est faire comme si le projet d'exterminer les juifs pouvait être le fruit d'une rationalité : un calcul rigoureux, en vue d'un bénéfice matériel tangible. Or, la Solution finale est au contraire purement idéologique : Hitler avait décrété que la mort du juif était la condition de sa victoire».
«Pour traiter un tel sujet, il faut être soit un grand écrivain, soit un historien. Attali n'est ni l'un ni l'autre, et le mélange qu'il propose ici est catastrophique : il ouvre la porte à toutes les dérives, et témoigne d'un grand manque de respect pour les morts», souligne la philosophe Élisabeth de Fontenay... Je crois, pour développer sa pensée, que s'autoriser à publier et dire n'importe quoi sur la Shoah quand on est un personnage officiel est pain bénit pour les négationnistes de tout poil !
L'historien Alain Michel, directeur du bureau francais de l'école internationale pour l'enseignement de la Shoah (Yad Vashem, Jérusalem), enfonce le clou. Il nous déclare : «Qu'il y ait un "saut" vis-à-vis de la politique antijuive au moment de la Nuit de Cristal est une évidence. mais il est autant évident que personne n'envisage à cette date de Solution finale dans le sens d'un massacre organisé. Le débat est clos sur cette question et ce n'est sûrement pas la pièce de théâtre de quelqu'un qui croit tout révolutionner dans chaque question qu'il traite, quelle qu'elle soit, qui va y changer les choses (voir les grandes "découvertes" du même Attali sur la question messianique, il y a presque 15 ans)». Il déplore par la même occasion que les journalistes et enseignants français manquent d'ouverture sur les débats et les évolutions historiographiques qui se font hors de l'Hexagone.
23:26 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : shoah, attali |
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09/12/2008
Vols et agressions physiques, la plaie des infractions dans les transports en commun parisiens
Les vols représentent la majorité des infractions perpétrées dans les transports en commun d'Ile-de-France où les hommes et les jeunes en sont le plus souvent victimes, selon une étude de l'Observatoire national de la délinquance (OND) publiée lundi.
L'étude se base sur les 20.000 plaintes collectées en 2007 par le Service régional de la police des transports (SRPT, compétent sur les lignes de RER et de métro en IDF mais qui exclut cependant le tramway.
Selon cette étude, la part des vols sans violence dans les transports en commun est la plus importante (69,2% des plaintes), celle des vols avec violence étant de 23%.
7,3% des plaintes l'ont été pour violences physiques (hors vol), violences sexuelles ou menaces, observe l'étude de l'OND.
Cette étude étant la première, il n'est pas possible de faire de comparaisons avec les années précédentes.
Plus de 68% des vols sans violence ont eu lieu à Paris, un peu moins de 18% dans les départements de la petite couronne (Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Seine-Saint-Denis) et quelque 15% dans ceux de la grande couronne (Seine-et-Marne, Yvelines, Val d'Oise, Essonne).
Les atteintes dites aux personnes (crapuleuses ou non) ont été perpétrées dans les départements de banlieue en majorité et, dans ceux-ci, l'usage de violence pour voler est plus fréquent qu'à Paris.
L'étude se risque à une cartographie des infractions. Ainsi, 18% des vols sans violence commis sur le réseau du métro ont eu lieu sur la ligne 4 (Porte d'Orléans-Porte de Clignancourt), 12% sur la ligne 1 (La Défense-Château de Vincennes).
La ligne 5 (Place d'Italie-Bobigny) est la "spécialiste" des vols violents (10,3%), la ligne 13 (Châtillon/Montrouge-Saint-Denis) des violences et des menaces hors vol (10,7%).
Plus de 30% des plaintes pour vols sans violence ont eu lieu sur les lignes du RER A et B. La moitié des violences aux personnes dans le RER le sont sur les lignes C ou D.
Concernant la date des infractions, 1/3 des plaintes fait référence à la fourchette horaire 17-21H00.
Les victimes sont en majorité des hommes (53,6%) surtout s'agissant des vols avec violences et des violences et menaces (73,4%). Près d'une victime sur deux a moins de 30 ans.
Avec l'âge, la répartition des sexes change, souligne l'OND, mais les victimes les plus jeunes sont encore des hommes de moins de 30 ans, 73% étant des mineurs.
Plus de 77% des victimes d'infractions habitent en région parisienne, selon cette étude.
En outre, les personnes de plus de 60 ans sont plus souvent davantage victimes de vols que les autres.
Enfin, un peu plus de 40% des victimes de vols se sont vues subtiliser leur portable, souvent avec violence.
Pour une victime sur trois, ce sont la carte bancaire, les papiers d'identité ou l'argent liquide qui disparaissent.
17:02 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : vol, insecurite, immigration |
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Déficit commercial record en octobre
Le déficit du commerce extérieur de la France a atteint en octobre un nouveau record à plus de sept milliards d'euros, sous le coup d'un plongeon des exportations notamment vers l'Europe, selon les données provisoires publiées mardi par les Douanes. Lire la suite l'article
Le déficit de septembre, précédent record, a été revu en baisse à 5,961 milliards d'euros au lieu de 6,25 milliards annoncé en première estimation il y a un mois.
L'effet positif de la décrue des cours du pétrole a été largement contrebalancé par l'effondrement des exportations, qui ont totalisé 32,6 milliards d'euros - contre 34,1 milliards en septembre - alors que les importations ne fléchissaient que légèrement à 39,63 milliards contre 40,1 milliards.
"Les exportations sont à leur plus faible niveau depuis novembre 2006," s'alarme Alexander Law, chef économiste à l'institut de recherche Xerfi.
"Dans un environnement international récessif, le entreprises françaises voient leurs débouchés se restreindre un peu plus chaque jour," remarque-t-il en ajoutant que la France aura du mal à éviter un recul du PIB au quatrième trimestre.
Interrogée sur ces chiffres, la ministre de l'Economie Christine Lagarde s'est contentée de répondre : "On peut mieux faire."
L'Allemagne qui, contrairement à la France, est en récession technique avec deux trimestres consécutifs de croissance, a à l'inverse annoncé un excédent commercial accru et supérieur aux attentes en octobre, à 15,8 milliards d'euros.
Mais ce bon chiffre s'explique par un recul de 3,5% des importations, à 68,7 milliards d'euros, qui a été supérieur au tassement de 0,5% des exportations, lesquelles se sont montées à 84,5 milliards d'euros - près du triple des ventes françaises.
Et l'annonce vendredi d'une chute de plus de 6% des commandes à l'industrie en Allemagne en octobre laisse craindre de nouvelles baisses des exportations dans les mois à venir.
PLONGEON DES EXPORTATIONS VERS L'UE
Le détail des chiffres français montre une forte baisse des exportations de biens intermédiaires (sidérurgie notamment) à destination de l'Union européenne.
Les exportations vers l'Allemagne, en baisse de 7,7% à 4,6 milliards d'euros, sont tombées à leur plus bas niveau depuis juillet 2007 et le déficit vis-à-vis de l'ensemble de l'UE s'est creusé de près d'un milliard d'euros à 3,19 milliards.
L'Union européenne absorbe 65% des exportations françaises et l'Allemagne quelque 15% à elle seule.
"Pas besoin d'aller bien loin pour constater l'ampleur du désastre, la majorité de nos voisins sont en récession et ne passent plus commande à nos entreprises," analyse Alexander Law en ajoutant que la dépréciation de l'euro n'est évidemment d'aucun secours dans le cas de pays qui ont la même monnaie.
La baisse des exportations automobiles, à l'oeuvre depuis plusieurs mois vers les marchés espagnol, britannique, italien ou polonais, a quant à elle gagné la Russie, l'Amérique et l'Asie. Le déficit des échanges automobiles passe ainsi de 438 millions en septembre à 598 millions en octobre.
Pour l'ensemble de l'industrie civile, le déficit a plus que doublé en deux mois, passant de 1,4 milliard en août à 2,59 milliards en septembre puis 3,35 milliards en octobre.
La France a pourtant vendu en octobre 27 Airbus, sept de plus qu'en septembre, qui lui ont rapporté 1,5 milliard d'euros.
VERS LES 60 MILLIARDS DE DÉFICIT
Sur les dix mois de janvier à octobre, le déficit cumulé de la France atteint 46,25 milliards d'euros en données corrigées des variations saisonnières contre 30,32 milliards au cours de la même période de 2007.
Dans sa loi de finances rectificative présentée le mois dernier, le gouvernement prévoit pour 2008 un déficit de 55,2 milliards d'euros, qui dépasserait de loin le record de 39,4 milliards établi en 2007.
"La barre des 60 milliards d'euros sera certainement atteinte dans les tout prochains mois", pronostique Marc Touati, économiste chez Global Equities.
Il s'attend cependant à ce que la baisse de l'euro, la diminution de la facture énergétique et le ralentissement des importations - pour cause de déprime du consommateur - permettent de "stopper l'hémorragie" vers la mi-2009, mais avec un déficit qui restera autour des 50 milliards.
Le gouvernement, lui, table sur un déficit ramené à 42,3 milliards en 2009.
Véronique Tison, édité par Yves Clarisse
Source: http://fr.news.yahoo.com/4/20081209/tts-france-commerce-d...
17:01 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : deficit, economie |
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